Bourses d’études 2018

BOURSES PREMIER EMPIRE

  • Jean D’ANDLAU, Fonder la République par la loi. Le comité de Législation de la Convention nationale 1792-1795. Thèse sous la dir. du prof. Hervé LEUWERS (Université de Lille)
    « L’objectif de notre recherche, consacrée au Comité de législation de la Convention nationale, est d’approfondir notre connaissance à la fois d’un rouage essentiel de la Première République, mais aussi de la genèse du Code civil de 1804. En effet, les députés membres du Comité de législation sont d’éminents juristes. Au milieu des turbulences des années 1792-1795, ces hommes qui, à l’exemple de Merlin de Douai ou de Cambacérès, deviendront de grands serviteurs de l’Empire, vont œuvrer à unifier, classer et uniformiser les lois de la nation. Par trois fois, en 1793, 1794 et 1796, c’est ce comité qui présente à la Convention les premiers projets d’un code civil, projets qui posent les jalons du Code Napoléon adopté le 30 ventôse an XII (21 mars 1804).
    L’étude du Comité de législation vient ainsi éclairer un trait d’union déterminant entre la Révolution et l’Empire ; un laboratoire de la loi, un réceptacle des aspirations de tout un peuple, mais aussi une communauté de juristes, citoyens et législateurs chargés de fonder l’ordre et d’établir la norme. Nos travaux explorent les réunions quotidiennes de ce comité essentiel et pourtant loin des luttes théoriques ou des effusions politiques qui captivent de manière récurrente l’intérêt des historiens de la Révolution. En adoptant cette focale, notre étude cherche à renouveler l’approche des années 1792-1795 et à mieux comprendre la genèse des projets législatifs de l’Empire. En s’intéressant à la participation des citoyens à la création du droit nouveau, à l’action des juristes en temps d’exception ou encore aux caractéristiques de notre premier pacte républicain, nos recherches trouvent un écho presque quotidien dans l’actualité la plus récente. »
  • Nebiha GUIGA, Être blessé au combat et soigné dans l’Europe napoléonienne (1805-1813). Thèse sous la dir. des prof. Patrice GUENIFFEY et Sven EXTERNBRINK (EHESS, Paris – Universität Heidelberg, Allemagne)
    « Dans une perspective d’étude de l’expérience combattante, cette thèse prend comme angle d’attaque la question de la blessure afin d’étudier l’expérience du combat sur un temps plus long que celui de la bataille. Cette thèse suit le parcours des soldats blessés pendant les campagnes de 1805, 1809 et 1813 des armées européennes (principalement napoléonienne et autrichienne), de la blessure au combat à la guérison ou à la mort. En suivant les trajectoires de ces hommes, nous nous poserons la question de la manière dont ils sont soignés, dans et en dehors des institutions médicales, par des chirurgiens, mais aussi par des civils des régions traversées. Nous abordons cette question selon trois thèmes : tout d’abord celui du corps au combat, l’expérience de la blessure permettant d’avoir un certain accès à cette thématique autrement souvent peu présente dans les sources ; ensuite, nous nous poserons la question des circulations européennes des soldats de cette époque, les trajectoires des blessés permettant souvent de dépasser le strict cadre national ; enfin, nous étudierons la question de l’écriture de soi des combattants, à un moment de tension entre mémoires à la portée historique et collective et autobiographie plus personnelle. Pour ce faire nous utiliserons des sources de type « Ego-documents » – mémoires, recueils de témoignages et journaux de routes- mais aussi des documents administratifs, règlements, instructions, rapports ou registres d’hôpitaux notamment. Ces sources font l’objet d’analyses qualitatives mais aussi quantitatives au moyen de bases de données. »
  • Francesco SAGGIORATO, La police napoléonienne dans l’Apennin septentrional : le contrôle des espaces frontaliers et montagnards entre l’Empire français et le Royaume d’Italie (1805-1814). Thèse sous la dir. des prof. Chiara LUCREZIO MONTICELLI et Vincent DENIS (Université de Rome Tor Vergata, Italie – Université Paris I Panthéon Sorbonne)
    « Cette thèse vise à examiner les institutions qui, pendant l’époque napoléonienne, étaient chargées de la surveillance des espaces frontaliers et montagnards entre le Royaume d’Italie et les départements italiens annexés à l’Empire. Dans le sillage du renouvellement historiographique de l’histoire des polices qui a eu lieu ces dernières années, cette recherche compte analyser les pratiques et les différentes formes de contrôle social, en enquêtant sur les relations que les gouvernements des deux États limitrophes avaient développées dans le but d’administrer les phénomènes liés à la mobilité transfrontalière des biens et des individus.
    L’aspect novateur de cette recherche repose sur l’utilisation de sources inédites, comme celles consulaires, et d’autres encore peu connues, comme celles concernant la gendarmerie italienne et le personnel des douanes des deux pays. De cette façon, il sera possible d’analyser, sous un angle différent, le processus de conquête interne des territoires montagnards aux périphéries de l’Empire, territoires qui étaient également essentiels à la consolidation des frontières étatiques. De plus, la question de la coopération transnationale entre les institutions policières sera au cœur de la recherche en tant que sujet encore méconnu.
    Finalement, face au processus de State-building napoléonien, en cours dans les diverses réalités étatiques italiennes, l’étude des formes de contrôle social – et pas seulement celles de nature coercitive -permettra de problématiser les politiques de réglementation de la mobilité transfrontalière, qui fait émerger l’existence des espaces trans-étatiques encore fluides et mal contrôlés, traversés par les populations montagnardes. »

BOURSES SECOND EMPIRE

  • Bourse « MINOU AMIR-ASLANI » 2018 : Charlotte ROBERTSON, L’évolution des marchés de capitaux et la formation de la conscience financière durant le Second Empire. Thèse sous la dir. du prof. Jan GOLDSTEIN (Université de Chicago, USA)
    « Cette thèse vise à analyser la manière dont l’État et la société française ont fait face à la croissance rapide et la transformation structurelle des marchés financiers et ont réconcilié les logiques financières aux pratiques politiques et économiques durant le Second Empire. J’aborde cette problématique en décomposant le monde financier pour identifier les différentes strates d’acteurs touchés par cette transformation: les entrepreneurs à la recherche du capital initial et de l’autorisation de l’État pour constituer des sociétés anonymes ; le marché illégal de la Bourse, aussi connu sous le nom de « la coulisse » ; la Préfecture de police de Paris en tant que proto­régulateur des marchés financiers ; les journalistes et éditeurs de journaux financiers et de manuels d’investissement ; les investisseurs souscrivant aux offres initiales d’actions et d’obligations et les spéculateurs sur le marché secondaire ; enfin, les spectateurs et les critiques engagés dans des discours moraux autour de ces pratiques financières. Méthodologiquement, mes travaux visent à intégrer l’histoire financière à celle de la politique, la culture, et la vie économique et intellectuelle. En adoptant une approche qui se concentre sur les expériences des acteurs qui se sont retrouvés progressivement enchevêtrés dans ce réseau croissant de relations financières, d’une part, mon analyse s’élargit à notre compréhension historique de l’impact transformateur du capital sur le Second Empire au-delà des récits familiers d’industrialisation, d’urbanisation et d’Haussmannisation, et d’autre part, offre une nouvelle interprétation de l’économie politique du régime de Napoléon III. »
    En 2012, la Fondation Napoléon et Me Ardavan Amir-Aslani sont convenus que, pendant cinq ans, une bourse d’études de la Fondation Napoléon porterait le nom de Mme Minou Amir-Aslani. Puis Me Amir-Aslani a décidé de reconduire pour cinq années, de 2017 à 2021 inclus, son soutien.
    Minou Amir-Aslani, née à Téhéran le 18 janvier 1935 et décédée à Paris le 13 septembre 2010, fut une grande dame passionnée de littérature et d’histoire. Particulièrement intéressée par l’histoire de la Révolution française et du Premier Empire, elle éprouva un réel intérêt pour la vie de l’Empereur Napoléon Ier et du rôle joué par ce dernier dans la codification des lois et dans l’organisation du système judiciaire français. Née en Iran à un moment déjà trouble de l’histoire de ce pays, elle n’a cessé, tout au long de sa vie, passée principalement en France et en Allemagne, d’œuvrer pour l’ouverture d’esprit et de l’acceptation de l’autre dans sa différence. Admiratrice de l’enseignement de l’histoire et du droit en France, pays de tradition de droit civil qui influença le système judiciaire et le droit positif de son pays d’origine, elle a toujours accordé le plus grand respect à la recherche universitaire. Elle considérait que la seule voie qui valait la peine d’être empruntée était celle de la quête de la connaissance, garante de l’indépendance d’esprit et de la liberté de ceux qui choisissaient de la prendre.

BOURSES XIXe SIÈCLE

  • Jean-François FIGEAC, La question d’Orient au miroir de l’opinion publique française des années 1750 aux années 1850. Thèse sous la dir. du prof. Jacques-Olivier BOUDON (Sorbonne-Université, Paris)
    « Grande préoccupation des intellectuels du XIXe siècle, la question d’Orient, c’est-à-­dire le sort de l’Empire Ottoman, apparaît comme le prototype du sujet de politique internationale qui intéresse l’opinion publique française. Une étude de la mobilisation de cette dernière sur la longue durée, de l’Expédition d’Égypte jusqu’à l’intervention de la France de Napoléon III au Liban, nous permet de dégager ses structures et ses dynamiques. En effet, l’opinion publique n’est pas seulement la réceptrice passive des nouvelles qui viennent du levant, mais, de crise en crise, elle accroît son savoir sur cette question et devient de plus en plus un instrument de pression sur les gouvernants. Elle apparaît donc comme une actrice à part entière des relations internationales.
    Nous utilisons plusieurs démarches afin de comprendre cette mutation. Si l’histoire des idées permet d’évaluer les différents courants de pensée s’intéressant au destin de la Sublime Porte, ceux-ci sont le fruit de la présence de réseaux qui tentent d’interagir avec le politique. De plus, l’opinion publique ne peut se cantonner à la lecture de la presse et des brochures et la pression sur le pouvoir provient aussi d’une mobilisation de plus en plus forte. Les rapports préfectoraux, les listes de souscription, les pétitions, les catalogues des éditeurs et des cabinets de lecture et même les écrits du for privé, nous donnent un bon aperçu de la profondeur sociale et géographique de l’opinion publique. Enfin, nous effectuerons de fréquentes comparaisons avec le débat public anglais, afin de cerner les récurrences et les différences dans la construction de deux visions géopolitiques rivales, mais pouvant s’accorder dans certains cas, comme lors de la guerre de Crimée ou du percement du canal de Suez. »
  • Kathleen MCCRUDDEN, Sophie de Grouchy and the Afterlives of the Enlightenment. Thèse sous la dir. du prof. Sophia ROSENFELD (Yale University, USA)
    « Le sujet de ma thèse porte sur le lien entre l’ère napoléonienne et le siècle des Lumières, j’y analyserai la manière dont l’interaction de Napoléon avec des penseurs des Lumières a suscité les transformations majeures dans de nombreux éléments que les historiens ont décrits comme étant au cœur du siècle des Lumières. Pour ce faire, j’effectuerai des recherches sur la marquise de Condorcet, Sophie de Grouchy (1764-1822). Elle était la femme du philosophe célèbre, le marquis de Condorcet (1743-1794), et sa propre philosophie était imprégnée des idées des Lumières. Mais elle était aussi le nœud central d’un réseau intellectuel transnational, qui s’étendait sur les deux continents de l’Europe et l’Amérique du Nord, et se développa de l’éclatement de la Révolution française jusqu’à sa mort en 1822. En utilisant les méthodes interdisciplinaires, j’étudierai les idées de ce groupe, ses manœuvres politiques, et le milieu culturel en évolution constante dans lequel il a agi. Cela démontrera que le régime de Napoléon a apporté des changements notables dans tous ces domaines, et, par conséquent, a aidé à la fois la clôture du siècle des Lumières, et l’avènement de l’ère romantique. »
  • Roman MOTORNOV, Le concept de légitimité entre la Révolution et l’Empire : interprétations du régime napoléonien dans la philosophie politique du XIXème siècle. Thèse sous la dir. du prof. Jean-Claude MONOD (École Normale supérieure de Paris).
    « À partir de l’analyse conceptuelle du modèle complexe de légitimité construit par le pouvoir napoléonien, nous nous pencherons sur l’étude des interprétations de cette forme particulière de légitimité, ainsi que de l’État napoléonien, telles qu’elles se présentent au XIXe siècle chez les philosophes français et allemands, théoriciens du régime napoléonien. Dans la philosophie politique du XIXe siècle se cristallise une image de l’État napoléonien en tant que modèle d’un régime politique ambigu, démocratique et autoritaire à la fois. L’œuvre de Napoléon Bonaparte reçoit ainsi des interprétations contradictoires dans la philosophie politique : l’État napoléonien est tantôt considéré comme l’idéal de l’État moderne, tantôt comme une dictature violente. Nous allons analyser également les conséquences du régime napoléonien sur le concept de légitimité en tant que principe fondamental des théories de l’État, de Hegel et Fichte à Marx et Weber. Nous étudierons quelles stratégies, d’après les philosophes, sont adoptées par cet ordre politique inédit qui se met en place immédiatement après la Révolution, afin de construire sa nouvelle légitimité à l’échelle nationale et internationale où la monarchie reste la forme de gouvernement prédominante, sans pour autant rompre avec son héritage révolutionnaire. »